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  • : Encore un blog venu polluer Internet pour la seule gloire de son auteur ! Si vous êtes arrivés ici par erreur, je vous conseille de repartir sans tarder de la même manière. Sinon, si vous y êtes parvenus en toute connaissance de cause et sans aucune contrainte, alors interrogez-vous sur l'intégrité de l'ensemble de votre système nerveux. Enfin, puisque vous êtes là, autant rester. Si vous creusez bien, vous déterrerez peut-être un os assez moelleux ou croquant selon vos goûts. N'hésitez
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Dimanche 16 décembre 2007

A potée de la main

Un événement tragique a endeuillé dernièrement notre bonne ville de Clermont-Ferrand. Minuit avait à potee.jpg peine sonné la nuit du 14 au 15 décembre, qu'une effroyable explosion ravagea le bar-restaurant «Les Joyeux Pétanqueurs » sis place des Salins, à une centaine de mètres de mon moelleux terrier. Vous imaginez le ramdam provoqué par un tel cataclysme, à l'heure où la plupart des paupières clermontoises, telles la moule à la marée descendante, ont choisi de couper court à toute ingérence dans les pensées de leur propriétaire.

Moi-même, je bondis radicalement hors de mon lit douillet. Bondir est peut être un terme exagéré, que n'agréerait pas un puma argentin quelque peu tatillon, mais en tout cas, il ne me fallut guère plus de 20 minutes pour rejoindre le théâtre du drame. L'immeuble entier, du rez-de-chaussée jusqu'au toit, avait été comme emporté par un souffle tout-puissant venu des enfers. Devant cette scène effrayante, accouru sans doute de la préfecture, se tenait logiquement M. le Préfet. Tout en lui semblait glacé par l'horreur de l'événement, mise à part peut-être une élégante paire de pantoufles à carreaux (originaire de Charente), qu'il avait sans doute oublié de troquer contre les souliers vernis habituels à sa fonction. A sa droite, se tenait dans le même état de dignité, M. le Maire, qui certes avait chaussé ses brodequins de ville, mais avait négligé d'échanger son pyjama Mickey-Mouse contre un costume plus conforme à la tradition électorale. Enfin pour clore le défilé, je découvris Mme la Conseillère Générale, dont les sommités occipitales semblaient couvertes d'une sorte de champ de fils de fer barbelé dressés vers le ciel. On eût dit, qu'elle avait assisté de très près à l'événement.

Ayant constaté l'étendue des dégâts et l'ayant jugée comparable au manque de collaboration du thermomètre à la survie de leurs organes essentiels, nos trois respectables décidèrent de regagner leurs pénates afin d'en référer aux autorités supérieures. J'avoue que je fus alors tenté de rejoindre moi aussi ma tanière. J'avoue aussi que je succombai honteux à la tentation, privant quelques pandores ensommeillés du charme discret de ma conversation. (Pour les plus incultes d'entre vous, je précise que le Pandore Ensommeillé n'est pas une espèce d'oiseau rare du Mexique, mais tout simplement un Gendarme, qu'on a arraché à ses rêves juste au moment où Blanche-Neige allait lui dresser un PV).

Me voici donc de retour au logis et je vous confesse que malgré l'horreur des minutes précédentes (notamment les pantoufles et le pyjama), je retrouvai rapidement le sommeil, exactement là où je l'avais laissé.

Au matin, un câble urgent en provenance de la capitale, après avoir provoqué le bondissement maintenant familier, m'annonça l'arrivée imminente par le railway de mon plus cher ami et néanmoins célèbre Marcel d'Agneau, Commissaire Divisionnaire de son état.

Il semblait en effet qu'au-delà de quatre décédés, les capacités d'élucidation de la maréchaussée locale s'avéraient totalement insuffisantes. Je le cueillis à la gare, sur le coup de midi et lui contai par le menu ce que je savais du déroulement des événements.

Je ne le revis qu'au soir, l'ayant convié en mon gîte, pour partager quelques nourritures terrestres ainsi que les progrès dans son enquête. J'avoue que ce soir là, le pauvre homme fut largement mon débiteur. Les mets et les vins que je lui offris auraient facilement converti un pygmée anorexique aux charmes du surpoids. Alors, pensez, un Commissaire Divisionnaire ! Par contre, ce qu'il m'apprit de son enquête, ne le fut qu'à la forme négative.

Non, il ne s'agissait pas d'une bombe. Ni d'une explosion de gaz de ville. Ni d'un coup de foudre impromptu. Encore moins de la chute inopinée d'une météorite égarée. Le mystère était total.

- Et moi, qui doit présider Lundi soir le banquet annuel des commissaires !

- Ne désespérez pas ! Connaissant votre talent, je suis certain que vous aurez trouvé votre réponse dès demain. En tout cas, je compte sur vous, à midi pétante pour accompagner mes agapes dominicales.

Ce dimanche, mon réveil fut par extraordinaire plus proche du bâillement du boa après la digestion d'un missionnaire vagabond que du bondissement de notre puma maintenant bien connu.

Ce cher vieil Agneau passa mon huis avant le douzième coup de Midi, la mine tout aussi triste et renfrognée que la veille. Baudelaire en aurait fait un poème. Quant à moi, un léger sourire s'était insinué à la commissure de mes lèvres. Je me sentais dans l'esprit du croquemort déclarant à un futur client : pas aujourd'hui mon vieux, rentrez chez vous tranquille.

Après avoir avalé un premier drink, il me fit part de la vacuité totale de sa besace policière.

- J'ai pourtant battu le terrain, interrogé tous les témoins, mis mon cerveau à la torture. Rien, rien ne sort.

- Connaissez-vous la métaphore du verre qui déborde ?

- Non, et par ailleurs, le mien est loin de déborder. Resservez-moi s'il vous plaît !

- Que se passe-t'il si vous versez cinquante centilitres d'eau dans un verre d'une contenance de cinquante centilitres ?

- Il est plein à ras bord, c'est tout ?

- Et si vous y ajoutez un centilitre ?

- Il déborde bien sûr !

- Et voilà votre banquet des commissaires sauvé, votre promotion assurée. L'avenir tourne au rose, l'Agneau.

- Pourriez-vous être plus précis ?

- Bien entendu. Disons que la réponse était « à potée de la main ». Tenez, ouvrez le journal local du vendredi 14 à la page 7. Qu'y trouvez-vous ?

- Quelques inaugurations, les unes retardataires, les autres prémonitoires. Un berger allemand sauvagement agressé par un caniche nain. Et bien sûr les habituelles coquilles, sans lesquelles la paresse quotidienne ne serait pas ce qu'elle est.

- Regardez mieux, tout en bas à droite.

Association Régionale des Producteurs de Potée Auvergnate

Nous rappelons à nos membres que l'assemblée générale

sera suivi d'un repas convivial

le 14 décembre à 20h00

au restaurant « Les Joyeux Pétanqueurs »

(Ne pas venir accompagné)



- Bon sang de bois, il y aurait un complot international contre la potée ? Les belges, à coup sûr !

- Non, vous faites fausse piste. Sachez qu'il s'agit d'un cas extraordinaire, où toutes les victimes sont aussi les coupables. Imaginez le déroulement du banquet en question. Affamés par de nombreuses heures de débats, nos convives avalent dans le plus grand silence leur première assiette de potée. L'esprit s'apaise, le corps se relâche. Et soudain, tel Roland à Ronceveau, l'un de nos dîneurs, d'un pet tonitruant, sonne la première alerte. Son vis-à-vis ne veut pas être en reste et lui répond par le même procédé. Par effet de contagion, un troisième, un quatrième et bientôt l'assemblée tout entière répond aux appels et même en lance de nouveaux. Songez maintenant que cette joyeuse cacophonie se reproduira à chaque ingurgitation d'une nouvelle assiette de notre spécialité régionale. Nous voici porté à minuit. La nuit est froide. Portes et fenêtres sont closes. Le verre est plein à ras bord. Les hommes sont épuisés. Il en reste pourtant un pour émettre une dernière flatulence, et enfin satisfait, sortir un long cigare de sa poche, une allumette de sa boite et choquer le phosphore sur le grattoir. Pas besoin de vous expliquer qu'à une telle concentration, la déflagration du méthane était immanquablement mortelle.

- Bon sang de bon sang ! Vous me sauvez. Et en plus vous me donnez la clé de l'énigme concernant certaines affaires survenues dans le Sud-Ouest et faussement attribuées à d'insaisissables terroristes.

Quelques jours plus tard, j'appris que les députés du Puy-de-Dôme réunis en conclave proposaient une loi interdisant de péter dans les lieux publics. Sans doute une bonne et juste idée. Mais comment l'appliquer, quand on sait avec quelle adresse, le péteur expérimenté sait profiter du moindre coup de klaxon, de la pétarade d'une automobile, ou même d'un simple crissement de pneu pour assouvir impunément son coupable vice. Faisons pourtant confiance à l'Administration pour trouver une issue.

J'ai même entendu dire que les Ponts et Chaussées...

 

Par Fabrice
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