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Jeudi 13 décembre 2007
Jetons dans la joie                                                            volcans.jpg

Beaucoup nous est reproché à nous autres consommateurs. Pour les uns nous n'achetons pas assez, pour les autres nous jetons trop. Il semblerait que chacun d'entre nous évacue chaque année l'équivalent en poids d'une famille de quatre personnes fort bien portantes.

Certains suggèrent de jeter directement la sus-dite famille, ce qui économiserait à la source la production de déchets correspondant à la masse de 16 personnes. Une certaine réticence humanitaire semble empêcher nos plus vaillants décideurs d'emprunter cette voie.

D'autres préfèrent, à l'instar de certaines sournoises lusitaniennes venues briquer nos douillets intérieurs, glisser la poussière sous le tapis. C'est ainsi que l'on voit apparaître aux portes de nos cités de larges excavations, bien vite comblées de détritus de toute sorte puis couvertes d'un doux paillasson verdoyant. Ce qui se produit sous la carpette est moins brillant. Des milliards de bactéries affamées s'attablent autour de ce banquet inespéré, et sans répit ni sursis s'élancent dans une production effrénée du fameux CH4, autrement dit le méthane bien aimé de nos congénères ruminants. Bien entendu, grâce à la sagesse de nos édiles, de petites tubulures intelligemment disposées permettent l'évacuation régulière et harmonieuse de ce grisou.

Mais qu'en est-il des bicyclettes ? La question vous surprend sans doute. Elle est pourtant de première importance. Laissez moi vous éclairer. Lors d'une virée aussi nocturne que spiritueuse avec mon compère Matemoilemat, Capitaine au long cours sur la route du zinc, nous rencontrâmes un triste hère occupé à adoucir son chagrin grâce à l'absorption rapide et systématique de l'essentiel de la production distillée hexagonale. Avant qu'il ne s'attaque aux stocks outre-manchaux, nous décidâmes, au nom de l'entente cordiale, de l'aborder afin de connaître les causes de son chagrin.

Malgré une articulation inconnue des orthophonistes les plus réputés, nous comprimes que ce jeune homme, chimiste amateur de son état, venait d'échouer dans la réalisation d'une spéculation des plus étranges : le recyclage des bicyclettes usagées en guimauve industrielle. Une étude circonstanciée de la Chambre de Commerce avait effectivement démontré que le tonnage de guimauve importée égalait exactement le poids des vélocipèdes lâchement abandonnés par nos équilibristes guidonneux. Ne restait plus qu'à découvrir le processus chimique ouvrant la voie au comblement de nos abyssales carences commerciales. C'est ce à quoi s'attela sans attente notre jeune savant. Malgré quelques succès prometteurs (transformation d'une aiguille à tricoter en poireau du Poitou), la guimauve ne restait qu'un phare tout aussi lointain qu'inaccessible.

Ce jour, il avait reçu un pli urgent de Herr Doktor Von Grossparis, lui confirmant que d'après les derniers développements de la théorie quantique, la probabilité de voir son expérience aboutir était encore plus faible que les chances de faire fumer un cigare à la Joconde. Aux dernières nouvelles, il travaillerait à la reconversion des guérites de la Loterie Nationale en missiles intercontinentaux pour le compte d'une obscure république balkanique.

Toujours est-il que l'enfouissement des bicyclettes est une voie sans issue. (Le raisonnement peut être étendu aux tricycles, patinettes et autres autos à pédales).

Aussi certains adeptes de Vulcain (apparenté aux Jupiter, marchands de moules près du Pirée), suggèrent de calciner en un feu d'enfer artificiel et onéreux, tous ces rebuts imperméables aux charmes de la fermentation. Sans doute ces jeunes amoureux du barbecue purificateur ne connaissent pas la géologie du fier département du Puy-de-Dôme (63, capitale Clermont-Ferrand). Outre le fait d'être peuplé de créatures qu'on dirait issues du croisement du sanglier boudeur et de l'écureuil parcimonieux, le Puy-de-Dôme compte une large population de volcans assoupis.

Un certain nombre d'entre-eux présente une forme particulièrement intéressante. Considérez par exemple le Pariou, large cône terminé par un profond cratère. Vous commencez à comprendre. Imaginez maintenant que vous n'avez encore découvert que la partie émergée de l'Iceberg, car à quelques kilomètres sous terre s'étale, languissant, un vaste lac de magma dont la température ne ferait qu'une bouchée du plus faisandé des caribous sibériens.

La solution est là, Mesdames et Messieurs les Préfets, Présidents, Maires et autres respectables. Creusons un large forage partant du fond du cratère et rejoignant cette fameuse couche magmatique. Il n'y aura plus qu'à y précipiter nos déchets. Et que personne ne me dise que c'est impossible. On sait bien aller depuis près de quarante ans sur la Lune pour ratisser quelques cailloux, et on serait incapable de percer à dix kilomètres ? Pfft, billevesées que voilà.

D'autres vont objecter, que porter ces déchets jusqu'au cratère risque de peser sur le fragile équilibre de nos finances locales ou en d'autres termes de coûter bonbon.

Et la catapulte alors, c'est pour les chiens (It's for the dogs) ? Les premiers à l'avoir adoptée furent Dionysius de Syracuse et Onomarchus de Phocis. Si ça ne suffit pas comme références à Robert ou Marcel de Clermont-Ferrand, j'abandonne toute contribution à la science et au progrès. Toujours est-il que dans mon plan, une batterie de catapultes, munies des derniers moyens de pointage de l'artillerie française (et comme on dit au régiment, quand l'artillerie, l'ennemi pleure) serait disposée au pied du volcan, dont il alimenterait à jet continu le cratère. Ensuite, par le simple miracle de la gravité (hommage à M. Newton, car avant lui les pommes ne tombant pas des arbres, de nombreuses branches se brisaient), nos abominables détritus rejoindront, ce que d'aucuns nommeraient un enfer gratuit, durable et naturel.

Alors tout va bien dans le meilleur des mondes ? Hélas non. Les amis du blaireau musqué, la fédération des boulistes moustachus, jusqu'au ministre des PTT, tous ont rejoint le camp des objecteurs.

Je n'ose évoquer les Ponts et Chaussées...

Par Fabrice - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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