Le Blog des idées modernes
Lutte contre les gaz à effets de serre.
Taxons, taxons, taxons. Voici le nouvel hymne appelé à remplacer notre douce et innocente marseillaise. Taxons tout ce qui émet du carbone, consomme de l'énergie, en un mot met en péril l'intégrité gazeuse et calorifique de notre planète. Taxons, oui, mais taxons bien.
Mon cher cousin Gaillard d'Arrière (germain aux Gaillards d'Avant par diverses alliances à voile comme à vapeur), récemment interpellé par la maréchaussée à propos de nébulosités soit-disant trop ténébreuses issuant de son pot d'échappement, m'a convoqué illico (et même presto) pour faire connaître à tout un chacun et chacune le fruit de ses réflexions.
- Sais-tu mon cher cousin que notre inventivité fiscale frôle aujourd'hui la déliquescence la plus achevée ? Penses-tu que dés 1360, nos édiles fiscaux avaient inventé bien avant l'imprimerie le Gros, impôt sur les les poissons de mer et le bétail à pied fourché. Quelle imagination ! Et que dire du Trop bu de 1680, taxe royale sur les boissons alcoolisées consommées au-delà de la normale annuelle (804 malheureux litres, additionnés de 804 autres pour chaque charrue que vous possédiez). Quel génie ! Et que dire de la Paulette, du Franc-fief, de l'Edit du toisé et autres Dîme saladine. Bien sûr, toutes ces inventions furent largement surpassées en 1954 par le génie de Maurice Lauré, qui surpassant Einstein, Archimède et Darwin réunis (sans parler de Jean-Sébastien Bach), inventa la TVA.
- Certes mon tout aussi cher cousin, mais il nous reste encore quelques jolis impôts.
- Oui, je dois l'admettre, la CSG non déductible est une belle tentative. La redevance audiovisuelle a encore quelques beaux jours devant elle. Le RDS n'est pas si mauvais. Mais quand on pense à tous ces nouveaux produits, ces nouvelles activités qui apparaissent chaque jour et qu'on laisse se développer comme des herbes folles sans taxation supplémentaire ! (taxation, qui telle la taille du jardinier ne ferait que les renforcer)
- Que faire alors ?
- En toute réflexion concernant l'impôt, il faut avant tout considérer l'assiette. L'assiette, qu'elle soit au beurre ou fiscale, doit être la plus large possible afin que le coup de fourchette donné par l'administration fiscale soit le plus invisible possible. Certains pensent déjà à rétablir la vignette automobile. Absurde ! D'ici vingt ans, seuls l'Aga Khan et Bill Gates seront encore financièrement capables de répondre aux cris déchirants de leurs réservoirs assoiffés.
- Taxons alors les avions.
- Pffft ! Il y a belle lurette (au fait, je l'ai rencontrée hier et je peux vous affirmer que sa réputation est bien surfaite), il y a belle lurette donc, que tous nos aéroplanes auront été reconvertis en ateliers de tricotin. Non, mon ami, outre celle que vous avez la bonté de m'offrir dans ce dispendieux restaurant, je vois deux assiettes déjà bien pleines et prêtes à supporter un prélèvement aussi minime que consubstantiel au renflouement des caisses de l'Etat : les marcheurs et les cyclistes.
- Ne disiez-vous pas au début de notre entretien, qu'il s'agissait par l'application de taxes sages et justes de contribuer à limiter la pollution ?
- Seriez-vous de ces naïfs qui pensent que le mouvant musculaire ne pollue pas ? Et d'où lui viendrait cette énergie qui lui permet de parcourir sans s'essouffler tous ces kilomètres qu'un carburateur sans âme peine à arpenter ? Du beefsteak, mon vieux, du beefsteak qui lui-même a déjà consommé dix fois son poids en maïs dévoreur d'énergie et de pesticides pour sa production. Sachez bien qu'à chaque coup de pédale d'un cycliste des milliers de calories carbonées partent en fumée. Pendant ce temps, le sage automobiliste d'un doigt tourne son volant et de quelques légères pressions pédestres régule son allure, gestes qui ne demandent qu'une énergie minime. Taxons, oui, mais taxons le vélocipédiste effréné et le jogger transpirant. Un simple compteur kilométrique et un podomètre agréés présentés chaque mois à la trésorerie permettront de calculer et recouvrer une taxe bien légère pour ceux qui la paieront, mais si lourde de sens pour l'avenir de notre planète.
- Me voilà bien convaincu, my dear cousin, but what to do now ?
- Rien, rien de rien. L'armée refuse d'être taxée sur ses défilés, le Tour de France réclame un remboursement sur les descentes et l'église une exonération pour les pèlerinages. Alors, imaginez les Ponts et Chaussées...