Le Blog des idées modernes
UNE VRAIE REFORME DE L’APPRENTISSAGE DU CALCUL
Du plus humble instituteur au plus ambitieux inspecteur général, toute l’éducation nationale est aujourd’hui en émoi. Nos enfants sont des ignorants, nos enfants ne savent plus compter ! Blaise-Pascal non content de se retourner dans sa tombe en aurait mangé sa brouette ! Imaginez la France, pays de la raison, vide de tout cerveau capable de calculer. Votre comptable vous livrerait des comptes à peu près justes, l’inspecteur des impôts vous réclamerait une somme approximative, le boucher vous vendrait pour un montant approché un steak pas loin de 150 grammes. A l’école votre enfant obtiendrait des notes voisines de la moyenne, tandis que votre salaire serait peut-être comparable sauf erreur à celui précisé dans votre contrat.
Et pourtant que d’efforts consentis !
Oh ! Combien de génies, combien de profs de maths,
Qui sont partis joyeux éduquer les primates,
A la moindre addition, très vite ont pris la fuite !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une classe vide, et sans aucune thune
Sous l’aveugle honte du zéro de conduite.
Bien entendu nos sages éducateurs nationaux ne sont pas restés les bras ballants. De nouvelles méthodes de calcul ont été inventées, les heures d’apprentissages ont été augmentées et la table de multiplication arrondie. Hélas, nos enfants ne savent toujours pas compter autre chose que l’argent qu’ils dérobent dans nos poches.
Bien sûr, il y a les moyens, les moyens qui manquent. Mais où trouver ces moyens ? Nul ne le sait. On découvre chaque jour de nouveaux gisements de pétrole ou de diamants, des lépidoptères ignorés, des maladies inédites, des soldats inconnus et même des socialistes de gauche. Mais nulle trace de moyens.
Halte là ! Holà bijou ! Reprenons-nous ! Oublions les moyens et voguons vers l’excellent. Il suffit comme d’habitude de simplifier. La solution m’a été donnée par une amie mienne originaire de Cochinchine, dotée d’une impériale hérédité (non confirmée par l’ambassade), qui me procura d’impératives érections (confirmées par l’intéressée).
Toujours est-il qu’un jour, une fois nos corps apaisés, elle me proposa d’apprendre à compter sur un boulier. Je tentais bien de lui faire préférer une partie de bésigue effrénée, mais elle insista avec tant de ferveur que je la laissai docilement m’initier au maniement des boules. Quelle inspiration, quelle illumination ! L’issue était là, si évidente, si incontestable que le regard trop perçant des pédagogues en avait été aveuglé.
Pourquoi nos enfants ont-ils tant de mal à apprendre à compter ? Tout simplement parce les chiffres sont en trop grand nombre. Après tout, qu’est-ce que Neuf, sinon Huit plus Un. Et qu’est-ce que Huit sinon Sept plus Un, etc... Jusqu’à deux qui n’ait rien d’autre que un plus un.
En résumé, tous ces chiffres de 2 à 9 ne servent à rien. Et pourtant, que d’heures gaspillées, que de comptines récitées pour les apprendre par cœur. Combien de mères éplorées, combien de paupières rougies à la lueur des chandelles pour qu’enfin la chair de sa chair puisse déclamer fièrement à la face d’un instituteur tyrannique cette triste litanie : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.
Et que dire du zéro ? Multipliez n’importe quel nombre par zéro. Qu’obtenez-vous ? Zéro. Ah ! Voilà bien un progrès. Imaginez un instant que Jésus ait connu ce triste nombre et qu’il ait multiplié les pains par zéro. Adieu Pape, adieu Archevêques, Evêques et autres prélats.
Ajoutez ou soustrayez zéro à un autre nombre, vous obtenez le même nombre. La belle affaire.
Encore pire, la division par zéro. Depuis tant de siècles que tant de mathématiciens héroïques s’y essayent, aucun n’est encore parvenu à diviser un nombre par zéro.
Alors, me direz-vous, que faire de toute cette belle argumentation ?
Laissez-moi vous répondre avec la douce mansuétude du crocodile surprenant un pygmée lors de ses ablutions matinales. Trop petit se dit-il, à quoi bon m’user les dents pour si peu de chair et tant d’os.
Oui, laissez-moi vous répondre. La solution est là, sous votre nez : nous avons démontré l’inutilité du zéro et des chiffres de 2 à 9. Supprimons les tout simplement et rétablissons ainsi la paix dans les familles, les cantons, les départements et dans la nation toute entière, y compris l’outre-mer.
(Au passage, les plus subtiles d’entre vous auront compris que la multiplication et la division devenait bien sûr inutiles).
Imaginez cet enfant joyeux rentrant de l’école et déclarant tout fier à sa mère, pétrie d’angoisse à la porte de la ferme familiale : Maman, j’a eu vingt de vingt en calcul. Maintenant je connais le Un par cœur.
Quel bonheur, quelle harmonie ! Mais voilà, les Syndicats de professeurs, les concierges, l’Académie, jusqu'aux producteurs de camembert, tous s’y opposent. Quant aux Ponts et Chaussées...
Encore une révolution qui couve, Messieurs !